En ce temps-là, dans ce monde-là.
Les hommes vénéraient des dieux qui,
depuis longtemps, ne vivaient plus auprès d’eux.
Les hommes vénéraient des dieux qui,
depuis longtemps, ne vivaient plus auprès d’eux.
चन्द्र
Au premier rayon du soleil, nos pieds foulent enfin le sol de l’île d’Alastyn. Une falaise vertigineuse se dresse devant nous, barrière minérale entre la mer et les cieux. Nous voilà au pied d’un inselberg dont la moitié sud est battue par les flots. Son immense plateau abrite notre destination : le palais d’Alastyn.
La légende dit qu’il est l’une des merveilles du monde, un chef-d’œuvre de magie et d’architecture dont la beauté dépasse l’entendement. Je ne connais cette merveille que par les descriptions d’Aoife Nic Aonghusa, dans Les treize merveilles du monde — dévoré à la bibliothèque d’Alexandia.
La légende dit qu’il est l’une des merveilles du monde, un chef-d’œuvre de magie et d’architecture dont la beauté dépasse l’entendement. Je ne connais cette merveille que par les descriptions d’Aoife Nic Aonghusa, dans Les treize merveilles du monde — dévoré à la bibliothèque d’Alexandia.
« Nous ne sommes plus très loin ! »
Gravir la rampe d’accès au domaine royal, une chaussée de marbre bâtard, n’a rien d’une promenade.
L’air devient plus sec, mes muscles chauffent, mon souffle reste régulier.
Ça fait plus d’une heure que nous progressons sur cette chaussée de marbre bâtard, aussi dure qu’une route de terre battue.
À quatre pattes, ce doit être plus simple.
À une centaine de pas, les tourelles et le portail se dessinent enfin. La chaussée s’interrompt brusquement. Un ponceau d’une seule arche, cristallin et opaque, relie l’inselberg. La lumière du matin se diffuse sur sa surface comme sur de la glace.
Un grincement métallique résonne : la porte de la tour à droite s’ouvre. Cinq gardes en sortent. Leurs pertuisanes scintillent, leurs bottes claquent sur le cristal. Ils s’alignent, abaissent leurs lances.
« Bientôt, les choses vont se compliquer. »
Nous avançons calmement, puis nous arrêtons à distance respectueuse. J’élève la voix :
« Bonjour ! » les interpellé-je.
Les gardes hésitent. Toutes les pointes convergent vers Bhediya. Un homme s’avance, armure lustrée, épaulières ciselées. Son silence dure, son regard me sonde. Puis, d’une voix tendue :
« Bonjour… qu’est-ce qui vous amène au domaine royal ?
— Mon compagnon et moi-même souhaitons une audience. »
— Mon compagnon et moi-même souhaitons une audience. »
Il éclate d’un rire forcé.
« Une audience royale… avec un loup monstrueux ! Vous plaisantez, j’espère ? » Il fixe Bhediya.
Son ironie peine à masquer son appréhension. Qui n’en aurait pas face à un carnassier aussi imposant ? Je décide de calmer la situation, en faisant preuve d’urbanité.
« Excusez-moi, officier, puis-je connaître votre grade ? Je préférerais ne pas commettre d’impair.
— Je suis le lieutenant Ilteram.
— Merci, lieutenant. Vous constatez que mon compagnon n’a aucune agressivité envers vous ni vos hommes. Nous sollicitons simplement l’hospitalité et une audience. »
— Je suis le lieutenant Ilteram.
— Merci, lieutenant. Vous constatez que mon compagnon n’a aucune agressivité envers vous ni vos hommes. Nous sollicitons simplement l’hospitalité et une audience. »
Ilteram hausse le menton, mais ses yeux s’échappent vers Bhediya.
« Des étrangers armés ont récemment pénétré l’île. La sécurité est renforcée. Un loup… surtout géant… n’a rien à faire au palais.
— Transmettez, je vous prie, que nous demandons l’hospitalité au nom de Dana et une audience.
— Dana est votre nom ?
— Non, lieutenant. Mon nom importe peu ; veuillez exposer ma requête telle quelle. »
— Transmettez, je vous prie, que nous demandons l’hospitalité au nom de Dana et une audience.
— Dana est votre nom ?
— Non, lieutenant. Mon nom importe peu ; veuillez exposer ma requête telle quelle. »
Il hésite, puis ordonne :
« Ne bougez pas ! »
Il s’éloigne. Les lances restent pointées sur mon comparse. Il pose la main sur un sigle gravé dans la pierre. Tout est enchanté ici : la magie suinte des pierres.
Quelques minutes plus tard, il revient, l’air perplexe.
« L’hospitalité vous est accordée à tous deux. Mais vous seul serez reçu en audience. Votre loup demeurera enfermé durant ce temps.
— Il n’est pas mon loup. Nous sommes compagnons de voyage. »
— Il n’est pas mon loup. Nous sommes compagnons de voyage. »
Je me tourne vers Bhediya.
« Approuves-tu ? »
Bhediya m’ayant communiqué son accord, je le transmets au lieutenant.
Nous franchissons le portail.
Mes sacoches – qui lévitent d’ordinaire à quelques pouces du sol – chutent sur la pierre.
« Le portail neutralise toute magie étrangère, annonce Ilteram avec satisfaction. Le sergent Seaghdh va vous escorter jusqu’au palais. Il est protégé par un sort et détient un artefact capable de foudroyer le loup… ou vous. »
Il regagne son poste.
Un cavalier s’avance depuis l’autre tourelle.
« Sergent Seaghdh. Vous montez, ou devons-nous atteler une voiture ? »
Je ramasse mes sacoches.
« Je monterai volontiers. »
Il désigne un cheval sellé et, tandis que j’attache mes bagages, ajoute d’un ton plus bas :
« Ilteram vient de perdre son frère. Sa patrouille a été massacrée par des créatures semblables à la vôtre. Vous comprendrez sa réserve. »
Je hoche la tête.
« Je l’ai constaté : malgré son animosité, il respecte ses ordres.
— Une heure de galop est dans vos cordes ? Votre compagnon suivra ?
— Il suivra.
— Il devra voyager entre nous. S’il s’éloigne ou devient agressif, j’ai ordre de le foudroyer. »
— Une heure de galop est dans vos cordes ? Votre compagnon suivra ?
— Il suivra.
— Il devra voyager entre nous. S’il s’éloigne ou devient agressif, j’ai ordre de le foudroyer. »
Le sergent met sa monture au trot ; la mienne suit d’elle-même. À ma gauche, Bhediya s’élance, impeccable, son épaule à la hauteur de mon étrier. Le souffle des chevaux gonfle l’air, mêlé à l’odeur de cuir et de poussière chaude.
À deux coudées de Bhediya, les montures restent calmes. Dressage remarquable… ou bien autre chose. Lui, je le sens, penche pour la magie.
La cadence s’installe. Le cuir des selles gémit, les sabots frappent la pierre avec une régularité de tambour. À ma gauche, la crinière de ma monture danse, des crins noirs fouettent mes doigts. À ma droite, les naseaux de l’autre cheval soufflent par bouffées régulières. Entre nous, Bhediya trotte sans bruit, masse sombre et fluide dont les yeux rouges captent chaque éclat de lumière.
La chaussée de cristal s’efface derrière nous. Le sol devient pierre rugueuse, grise, veinée d’ocre. Les sabots cognent plus sourdement, l’écho se perd dans l’air vaste.
Des odeurs nouvelles montent : poussière chauffée, sève, lichens. Le vent souffle en bourrasques, apporte des cris d’oiseaux invisibles. Je plisse les yeux : au loin, les premières pentes de l’inselberg s’étalent, ourlées de pins tordus.
Le sergent monte droit, serein en apparence, la main posée avec maîtrise sur ses rênes. Son cœur bat plus vite qu’il ne veut le montrer, m’indique Bhediya. Je lui adresse un bref sourire, sans rien dire.
Le sergent conduit nos montures avec assurance, l’air clair du matin fouettant nos visages. La route serpente à travers vergers, champs et prés, séparés par des haies. D’un pâturage à l’autre, chevaux, bovins, ovins ou caprins paissent. Puis, nous longeons une chênaie dont les glands nourrissent des porcs noirs. Au loin, une forêt d’épineux s’étend, bientôt remplacée par des feuillus. Nous dépassons plusieurs domaines agricoles, les animaux de basse-cour s’égaillent à notre approche.
La ville se dessine enfin. Nos chevaux prennent le trot. Le sergent Seaghdh engage la conversation :
« Le palais n’est plus très loin…
— Cette voie est très large, on doit pouvoir y chevaucher à six de front.
— Oui, il s’agit de l’allée royale. Les autres rues sont deux fois moins larges.
— Toutes ?
— Toutes !
— Pas celles des bas quartiers ?
— Il n’y a pas de bas quartiers au domaine royal.
— Je ne vois pas de rigoles ?
— Il n’y en a point ; elles sont remplacées par des conduits souterrains. La ville est magique : lorsque nous construisons un nouvel édifice, les architectes demandent au matériau d’amener de l’eau saine ici, d’évacuer celle qui est souillée là.
— Fantastique !
— Non, magique. »
— Cette voie est très large, on doit pouvoir y chevaucher à six de front.
— Oui, il s’agit de l’allée royale. Les autres rues sont deux fois moins larges.
— Toutes ?
— Toutes !
— Pas celles des bas quartiers ?
— Il n’y a pas de bas quartiers au domaine royal.
— Je ne vois pas de rigoles ?
— Il n’y en a point ; elles sont remplacées par des conduits souterrains. La ville est magique : lorsque nous construisons un nouvel édifice, les architectes demandent au matériau d’amener de l’eau saine ici, d’évacuer celle qui est souillée là.
— Fantastique !
— Non, magique. »
Les bâtiments n’excédant pas trois niveaux sont tous de pierres blanches, à toit plat avec terrasse.
« Sur l’allée du roi, à l’exception d’une hostellerie à l’entrée et d’une autre près du palais, il n’y a que des résidences. Dans les rues perpendiculaires, vous apercevez des échoppes et commerces reconnaissables à leurs enseignes et à la couleur des volets… »
Des sigles sont incrustés dans certains murs. Des non-mages peuvent y activer des sorts, s’ils y sont habilités, m’informe le sergent.
Un mille avant d’y parvenir, nous commençons à distinguer le palais. Il ressemble bien davantage à ceux de mon pays qu’à ceux des contrées de Shanyl et Shanya. Tel qu’Aoife Nic Aonghusa le décrivait.
Le soleil est au zénith 1, ce qui explique sans doute le petit nombre de personnes que nous croisons.
À mes côtés, Bhediya avance sans ralentir. Les regards glissent de lui à moi, hésitent, reviennent.
La présence de Bhediya inquiète tout le monde — mais l’artefact à la ceinture du sergent suffit à tenir la peur en laisse.
Le palais se dresse enfin devant nous, masse claire et vertigineuse dont les dômes ambrés captent la lumière.
La perspective s’élargit. Je demeure un instant saisi. Mélusine me l’avait promis : « À la fin de ton voyage, tu pourras admirer “Dé Chich Danann” 2 ».
Plus nous progressons, plus les dômes se dessinent, pleins et ambrés sous la lumière. Je murmure : « “Dé Chich Danann”. »
Lorsque nous franchissons l’entrée, je ressens une légère résistance, comme à travers un rideau d’air plus épais.
Percevant ma perplexité, le sergent Seaghdh précise : « Depuis que des groupes étrangers armés ont été signalés, la protection du palais est activée — au niveau minimum… pour le moment. »
Percevant ma perplexité, le sergent Seaghdh précise : « Depuis que des groupes étrangers armés ont été signalés, la protection du palais est activée — au niveau minimum… pour le moment. »
Nous débouchons dans une cour immense.
Quatre cavaliers se joignent à nous jusqu’au palais.
Quatre cavaliers se joignent à nous jusqu’au palais.
Un escalier monumental permet d’accéder à la terrasse.
Le sergent et un caporal mettent pied à terre, confient les rênes de leurs montures à l’un des soldats. Je les imite. Aussitôt, les trois lanciers repartent avec nos chevaux.
Nous pénétrons dans le palais.
Le sergent et un caporal mettent pied à terre, confient les rênes de leurs montures à l’un des soldats. Je les imite. Aussitôt, les trois lanciers repartent avec nos chevaux.
Nous pénétrons dans le palais.
Le sergent Seaghdh ouvre alors la porte de gauche et nous fait entrer dans une pièce sans fenêtres, baignée d’une clarté venue du plafond. Il applique la paume sur un sigle identique à celui qu’avait touché le lieutenant Ilteram.
Le sergent remet ostensiblement l’artefact à un caporal avant de me faire signe de le suivre.
Après un bref silence, il m’informe que, si j’y consens, le loup attendra ici sous la garde du caporal. Bhediya demeure calme ; je prends cela pour un accord. Je dépose mon bagage sur un banc de marbre ambré. Le sergent m’invite à le suivre.
Je laisse derrière moi le loup, le caporal… et l’artefact capable de nous foudroyer tous deux.
Lorsque je franchis le seuil, je sens encore sa présence derrière moi, immobile.
L’antique tradition voudrait que je sois tête, torse et pieds nus pour requérir le vivre et le couvert au nom de Dana. L’usage contemporain admet que je sois chaussé.
C’est donc botté de cuir rouge, vêtu d’un pantalon de soie dorée, un ruban enroulé autour de la taille, que j’entre.
Le sergent me suit. Il s’efface pour laisser sortir trois ménestrels, puis referme le battant derrière lui avant de monter la garde.
La salle se révèle d’un seul coup : plafond très haut, volume démesuré. Le gigantisme décrit par Aoife Nic Aonghusa n’avait rien d’une exagération.
Des tables couvertes de lin blanc brodé d’arabesques noires et dorées ont été dressées pour une quarantaine de convives. Disposées en U, elles laissent un espace libre au centre, dans lequel je m’avance.
Je sens l’attention de tous converger vers moi.
Le rôt 3 vient d’être servi. Le silence s’installe à mon arrivée. Presque aussitôt, les femmes le rompent par des chuchotements.
« Qui est-ce ?
— … beau…
— Il est à croquer.
— T’as vu comme il est bâti ?
— Cinq pieds cinq pouces… trop petit pour toi.
— Poitrine large, hanches étroites…
— Joli minois. »
— … beau…
— Il est à croquer.
— T’as vu comme il est bâti ?
— Cinq pieds cinq pouces… trop petit pour toi.
— Poitrine large, hanches étroites…
— Joli minois. »
Parvenu à deux pas de la table transversale, je m’immobilise.
Les murmures cessent lorsque le roi se lève.
Les murmures cessent lorsque le roi se lève.
Bien qu’il n’y ait jamais eu de table haute en Alastyn, et que tous soient assis sur des cathèdres en bois de rose, je n’ai pas le moindre doute. Non seulement une aura d’autorité émane de lui, mais les arabesques sur ses bras – que laissent apparaître les taillades de ses manches – révèlent sa condition de Lumineux et sa qualité de roi.
« Soyez le bienvenu, étranger, vous qui sollicitez l’hospitalité… au nom de Dana, ce qui en cette demeure n’est plus arrivé depuis plus d’un siècle », dit-il, visiblement intrigué par ma requête.
Je m’incline face à lui, les paumes jointes devant le chakra du cœur.
« Namasté. Je vous remercie, majesté. Mon maître, Vâtsyâyana, m’a enseigné qu’il est bon, pour s’adresser à une grande lignée, de se réclamer de sa fondatrice… Mais je ne m’attendais pas à rencontrer autant de Tuatha Dé Danann. »
« Namasté. Je vous remercie, majesté. Mon maître, Vâtsyâyana, m’a enseigné qu’il est bon, pour s’adresser à une grande lignée, de se réclamer de sa fondatrice… Mais je ne m’attendais pas à rencontrer autant de Tuatha Dé Danann. »
D’un geste, le roi m’invite à expliciter.
« Dana eut de nombreux enfants, certains furent les plus studieux, les plus savants, les plus sages ; elle marqua leurs chairs des signes de leurs pouvoirs, et les qualifia de “Lumineux”. C’est la lignée à laquelle vous appartenez, ainsi que votre reine, précisé-je. Namasté. »
« Dana eut de nombreux enfants, certains furent les plus studieux, les plus savants, les plus sages ; elle marqua leurs chairs des signes de leurs pouvoirs, et les qualifia de “Lumineux”. C’est la lignée à laquelle vous appartenez, ainsi que votre reine, précisé-je. Namasté. »
Lorsque je m’incline devant cette dernière, les arabesques brasillent sur ses bras nus.
« D’autres furent plus turbulents, plus fiers, plus aventureux. Dana dut si souvent leur tirer les oreilles qu’elles s’allongèrent ; elle les appela “Alfes lumineux”. Elle leur fit don de l’éternelle réincarnation, ou les y condamna – les récits divergent sur ce point –, les privant ainsi de mokṣa 4 à l’exception des innocents. C’est la lignée à laquelle appartient celle qui siège à votre dextre, de même que ses compagnons, namasté », la salué-je.
Je me dirige vers l’extrémité de la table centrale, à ma gauche, où est assise une jeune femme, à laquelle je rends hommage.
« Namasté. D’autres encore furent plus secrets, plus travailleurs, plus industrieux. Dana leur accorda une petite taille afin de pouvoir atteindre plus facilement les minerais dont ils auraient besoin, et une très grande force pour les extraire. Dana les nomma “Alfes noirs”, car souvent, ils vivraient sous terre. C’est la lignée à laquelle appartient cette damoiselle. »
« Namasté. D’autres encore furent plus secrets, plus travailleurs, plus industrieux. Dana leur accorda une petite taille afin de pouvoir atteindre plus facilement les minerais dont ils auraient besoin, et une très grande force pour les extraire. Dana les nomma “Alfes noirs”, car souvent, ils vivraient sous terre. C’est la lignée à laquelle appartient cette damoiselle. »
L’homme assis entre ces deux dernières se lève et demande avec une certaine agressivité :
« Les Orcs, sont-ils aussi des enfants de Dana ? »
« Les Orcs, sont-ils aussi des enfants de Dana ? »
Il s’agit manifestement d’un militaire rude et probablement brutal. Je m’incline devant lui.
« Namasté… Non ! Les Orcs ne sont pas des enfants de Dana. Enfin, pas au sens des Tuatha Dé Danann, bien que Dana les ait imaginés. Elle a menacé les plus turbulents des jeunes Alfes lumineux de méchants monstres qui n’existaient pas. Le plus insouciant d’entre eux leur a donné vie. “C’était pour voir”, s’est-il excusé. »
« Namasté… Non ! Les Orcs ne sont pas des enfants de Dana. Enfin, pas au sens des Tuatha Dé Danann, bien que Dana les ait imaginés. Elle a menacé les plus turbulents des jeunes Alfes lumineux de méchants monstres qui n’existaient pas. Le plus insouciant d’entre eux leur a donné vie. “C’était pour voir”, s’est-il excusé. »
Le quidam jette un regard furieux à sa voisine. Le roi intervient :
« Despote Niall ! Vous êtes sous mon toit ! rétorque le monarque, lui intimant de se rasseoir. Pourquoi dites-vous, “pas au sens des Tuatha Dé Danann” ? »
« Despote Niall ! Vous êtes sous mon toit ! rétorque le monarque, lui intimant de se rasseoir. Pourquoi dites-vous, “pas au sens des Tuatha Dé Danann” ? »
Une guerrière se lève. Vêtue d’une armure de cuir noir, avec corset, spallières, brassards, jupe, grèves et sandales, elle évoque une valkyrie. Un diadème dont les paragnathides 5 sont décorées d’ailes repose devant elle sur la table. Avant que je ne réagisse, elle intervient :
« Roi Liam, “le dire 6 de Dana” nous conte qu’après avoir été expulsée par une singularité, Dana a tout créé. Elle est donc la mère de toutes les créatures, même si peu sont des Tuatha Dé Danann. »
« Roi Liam, “le dire 6 de Dana” nous conte qu’après avoir été expulsée par une singularité, Dana a tout créé. Elle est donc la mère de toutes les créatures, même si peu sont des Tuatha Dé Danann. »
Ses voisines opinent de la tête. Le monarque reprend :
« Bien sûr ! Il est temps de faire les présentations… Je suis Liam, roi d’Alastyn !
— Namasté », ai-je à peine le temps de prononcer qu’il enchaîne :
« Debout dans son armure noire, voici Scáthach, druidesse guerrière, laquelle commande une armée de femmes, en An t-Eilean Sgitheanach, comme sa sœur Aífe qui, vêtue d’une cuirasse blanche, se tient à son côté. »
« Bien sûr ! Il est temps de faire les présentations… Je suis Liam, roi d’Alastyn !
— Namasté », ai-je à peine le temps de prononcer qu’il enchaîne :
« Debout dans son armure noire, voici Scáthach, druidesse guerrière, laquelle commande une armée de femmes, en An t-Eilean Sgitheanach, comme sa sœur Aífe qui, vêtue d’une cuirasse blanche, se tient à son côté. »
J’adresse un namasté muet à chacune ; elles me saluent d’un mouvement de tête. Scáthach se rassied. Le roi poursuit :
« À la droite de Scáthach, dans la robe immaculée brodée d’un chêne d’or, Maebd, Bandrui 7 de Shanyl… Son voisin est Mael, duc de Shanya… Voici ma bien-aimée reine Eileen. »
« À la droite de Scáthach, dans la robe immaculée brodée d’un chêne d’or, Maebd, Bandrui 7 de Shanyl… Son voisin est Mael, duc de Shanya… Voici ma bien-aimée reine Eileen. »
En réponse à mes namasté, le seigneur de Shanya se lève brièvement et s’incline, les dames hochent la tête ou sourient. Le roi continue, se tournant vers sa dextre :
« Venue d’un autre monde, Ainu Sangdragon, princesse d’un peuple qui pour se désigner n’utilise pas le nom d’Alfe lumineux, mais celui d’elfe. Vous avez déjà fait connaissance avec Niall, l’impétueux despote de Shannon. »
« Venue d’un autre monde, Ainu Sangdragon, princesse d’un peuple qui pour se désigner n’utilise pas le nom d’Alfe lumineux, mais celui d’elfe. Vous avez déjà fait connaissance avec Niall, l’impétueux despote de Shannon. »
Ce dernier se borne à esquisser un vague geste de politesse. Le maître de céans enchaîne :
« En bout de table, arrivée du même monde que son amie Ainu, la princesse Grüchka de la nation naine… À son côté, face à Aífe, mon bras droit et chef des armées, Ardril. »
« En bout de table, arrivée du même monde que son amie Ainu, la princesse Grüchka de la nation naine… À son côté, face à Aífe, mon bras droit et chef des armées, Ardril. »
Liam poursuit ainsi, énonçant sans hésitation les noms et qualités des trente autres invités. J’adresse à chacun d’eux un namasté muet.
Mon hôte s’assoit et s’enquiert :
« À présent, veuillez vous présenter !
— Nombreux sont ceux qui m’appellent Pathik.
— Ce nom a-t-il une signification ?
— Oui, majesté. Dans ma langue, tous les noms ont un sens. Pathik veut dire “Voyageur”, mais bien qu’il me définisse assez bien, ce n’est pas le mien. Si, je ne mérite pas celui d’Etash, car c’est la translation de “Lumineux”, j’espère que vous m’accorderez Subash qui se traduit par “Éloquent”. »
« À présent, veuillez vous présenter !
— Nombreux sont ceux qui m’appellent Pathik.
— Ce nom a-t-il une signification ?
— Oui, majesté. Dans ma langue, tous les noms ont un sens. Pathik veut dire “Voyageur”, mais bien qu’il me définisse assez bien, ce n’est pas le mien. Si, je ne mérite pas celui d’Etash, car c’est la translation de “Lumineux”, j’espère que vous m’accorderez Subash qui se traduit par “Éloquent”. »
Tel un bonimenteur, allant de l’un à l’autre, j’use de ma faconde avec chacun.
« Vous, reine Eileen, j’espère que si plus tard, vous parlez de moi, vous évoquerez Sajjan, c’est-à-dire “Le bien-aimé”. »
« Vous, reine Eileen, j’espère que si plus tard, vous parlez de moi, vous évoquerez Sajjan, c’est-à-dire “Le bien-aimé”. »
Je questionne le géant blond au regard aigue-marine :
« Duc Mael ! Peut-être me nommerez-vous Vidur, “Celui qui est sage, habile”. »
« Duc Mael ! Peut-être me nommerez-vous Vidur, “Celui qui est sage, habile”. »
Je badine avec l’athlétique elfe bronzée aux cheveux châtains tressés qui laissent apparaître de longues oreilles pointues.
« Princesse Ainu, il me serait très agréable que vous m’appeliez Raman, “Bien-aimé”, “Plaisant”. »
« Princesse Ainu, il me serait très agréable que vous m’appeliez Raman, “Bien-aimé”, “Plaisant”. »
M’approchant d’elle, j’ajoute sur le ton de la confidence :
« Mais apparemment, cela ne plairait guère à ce jeune capitaine dont le regard ne vous quitte pas, et qui, si je ne me trompe, a pour nom Flamdir. »
« Mais apparemment, cela ne plairait guère à ce jeune capitaine dont le regard ne vous quitte pas, et qui, si je ne me trompe, a pour nom Flamdir. »
Elle cherche le capitaine des yeux et lui sourit. Comme je m’approche du despote Niall, il me gratifie d’un regard réprobateur.
« Vous, seigneur, sans doute ne me qualifierez-vous pas yuvarāja ? Et pourtant, je suis bien un “prince”. »
« Vous, seigneur, sans doute ne me qualifierez-vous pas yuvarāja ? Et pourtant, je suis bien un “prince”. »
Il hausse les épaules. Abordant ma prochaine interlocutrice, je mets un genou à terre :
« Pour vous, princesse Grüchka, j’aimerais être Saumya afin d’être aussi “Charmant” que vous êtes ravissante », affirmé-je, la faisant rougir.
« Pour vous, princesse Grüchka, j’aimerais être Saumya afin d’être aussi “Charmant” que vous êtes ravissante », affirmé-je, la faisant rougir.
Je me relève et me dirige vers l’extrémité ouest de la table, où siègent les trois druidesses.
« Sage… », dis-je, souriant.
« Sage… », dis-je, souriant.
Je m’interromps, alors qu’au travers d’une fenêtre un rai fait briller mes yeux de jais, puis reprends :
« Maebd, m’appellerez-vous Anaṅga ?
— Qui sait ? » réplique-t-elle aussitôt, avec un large sourire.
« Maebd, m’appellerez-vous Anaṅga ?
— Qui sait ? » réplique-t-elle aussitôt, avec un large sourire.
Je me penche au-dessus de la table et susurre à cette magnifique femme blonde aux iris céruléens et aux formes pleines :
« C’est l’un des noms du dieu du désir. »
« C’est l’un des noms du dieu du désir. »
Son rire cristallin retentit :
« Peut-être Anaṅga… peut-être.
— Scáthach ! »
« Peut-être Anaṅga… peut-être.
— Scáthach ! »
Mon sourire le plus enjôleur aux lèvres, après un soupir, j’enchaîne :
« Scáthach, mériterais-je que vous m’appeliez Shankar ? »
« Scáthach, mériterais-je que vous m’appeliez Shankar ? »
Scáthach, femme à la peau de porcelaine, avec sur les ailes du nez et les pommettes de ravissantes petites taches de rousseur et aux yeux d’un bleu clair comme l’eau, se lève, se penche par-dessus la table, me tendant une oreille dans laquelle je murmure :
« Donneur de Félicité. »
« Donneur de Félicité. »
Elle se redresse, d’un geste familier de la tête, rejette sur ses reins la longue tresse de cheveux cuivrés qui avait glissé sur son épaule, et un sourire carnassier s’épanouit sur ses lèvres :
« Sais-tu, bel Aengus, que l’initiation guerrière… et… sexuelle… des héros fait partie de nos attributions ?… Es-tu un héros ? »
« Sais-tu, bel Aengus, que l’initiation guerrière… et… sexuelle… des héros fait partie de nos attributions ?… Es-tu un héros ? »
Avant que je n’aie pu répondre, avant que Scáthach n’ait pu s’asseoir, Aífe repousse sa chaise, recule d’un pas, franchit la distance qui nous sépare d’un saut de main, prenant appui sur la table. À peine réceptionnée, elle empoigne ma chevelure, tire ma tête en arrière et me donne un long, très long baiser.
Aífe est grande, plus grande de trois ou quatre pouces que son aînée. Sa peau moins blanche que celle de sa sœur est dépourvue de taches. Ses cheveux bouclés forment une crinière d’un roux flamboyant, mettant en valeur le vert émeraude de ses yeux.
« Voilà comment je veux t’appeler », affirme-t-elle pendant que je reprends mon souffle.
Tout autour de la table, on entend des murmures : certains envieux, d’autres amusés, quelques-uns outrés.
Après un aparté avec son roi, la reine Eileen me questionne en souriant :
« Sajjan, vous avez suffisamment démontré que vous méritiez ce nom. Vous ne vous êtes tout de même pas réclamé de Dana pour venir courtiser toutes les femmes présentes autour de cette table ? Dites-nous qui vous êtes, d’où vous venez et pourquoi vous nous avez demandé audience.
— Excusez-moi, majestés, et vous aussi, mes seigneurs et gentes dames, je me nomme Chandra, “la Lune”, dans votre langue. »
À ce moment-là, un individu vêtu de bure se dresse et harangue l’assemblée :
« J’ai entendu parler de ce personnage, il a séduit, corrompu nos femmes et nos filles. »
Maebd se lève à son tour, apostrophe l’intervenant :
« Vos femmes… vos filles… Ce ne sont pas vos propriétés ! Avant votre arrivée, et celle de vos idées, toutes les femmes du royaume de Shay choisissaient librement leurs compagnons, elles en changeaient aussi souvent qu’elles le souhaitaient, comme le font encore beaucoup de celles de Shanyl, et nos sœurs d’An t-Eilean Sgitheanach. »
Le despote Niall se récrie :
« Mœurs barbares d’illettrés ! »
Simultanément, le duc Mael vient au secours de sa voisine, rétorquant :
« C’est à Alexandia en Shanyl que se situe la plus grande bibliothèque du continent, non en Shannon. »
Scáthach et Aífe se lèvent, portant la main à l’endroit où se trouve habituellement leur cladio. 8
« † Stop ! Tous ici sont vos alliés, leurs différences ne comptent pas ! † 9 »
L’ordre claqua comme un coup de fouet dont l’écho résonne à nos oreilles. Étrangement, tous se rasseyent et se comportent comme si l’altercation n’avait pas eu lieu. Le roi réitère son geste, m’invitant à continuer.
Je regarde l’homme à la robe de bure qui paraissait, quelques secondes plus tôt, prêt à me faire lapider ; il ne manifeste plus aucune hostilité envers moi. Il semble, ainsi que toute l’assemblée, attendre que je reprenne la parole.
J’obtempère :
« Dans ma culture, être comparé à la Lune est très flatteur, la Lune étant considérée comme le plus bel objet céleste.
— Vous cabotinez, raman Chandra, m’interrompt la reine, dont l’époux couvre la main de la sienne en souriant.
— Oui, majesté, mais pour votre plus grand plaisir… Donc, je suis Chandra, quatrième fils du Mahārāja de Jaipur, ce titre correspond à celui de “roi des rois”, ce qui fait de moi un prince. Un prince loin du trône, mais pas un prince mendiant. J’étudie à Banārasa, différentes disciplines, auprès de mon maître, le philosophe Vâtsyâyana. Cette ville, située à cent quatre-vingt-dix lieues de Jaipur, est hors de l’autorité de mon père. Voilà qui je suis et d’où je viens.
— Mais où sont ces villes ? demande le roi Liam.
— Il me semble qu’ainsi que vos amies alfes, pardon, elfe et naine, mon monde n’est ni tout à fait le vôtre ni tout à fait un autre. Un matin, cela fait déjà neuf lunes, je rentrais à Banārasa, ayant passé la nuit… d’où j’arrivais n’a aucune importance… Donc ce matin-là, ma monture Chaitali… Laissez-moi plutôt vous parler de Chaitali, dont le nom peut se traduire par “Pleine de vigueur”. Elle m’a été offerte, alors qu’elle avait quatre ans, par ma mère, la Mahārājñī Dalaja, comprenez “la grande reine Miel”.
» C’est une jument Marwari, maintenant âgée de huit ans. Ses oreilles se rejoignent aux pointes comme des croissants de lune. Sa robe grise, son étoile blanche en tête, ses quatre balzanes blanches, ses épis spiralés le long de l’encolure et sur les boulets… autant de porte-bonheur font d’elle une monture exceptionnelle, de très grande valeur. J’ai malheureusement dû la laisser en pension à Fiume pour prendre la mer afin de me rendre en Alastyn.
» Donc, ce matin-là, Chaitali avait adopté une allure propre à sa race, le rehwal 10, si confortable que je rêvassais sur sa selle, les rênes reposant sur son garrot. Aussi, lorsque la végétation changea dans la forêt, je ne le remarquai pas immédiatement. À dire vrai, c’est en frissonnant que je réalisai le changement de température, puis vis les essences forestières inhabituelles. Le temps d’abandonner mes rêveries et de prendre pied dans la réalité, Chaitali pénétrait dans une clairière et se cabra, face à une meute d’une dizaine de loups, manquant de me désarçonner.
» Les Marwaris sont renommés pour leur bravoure et leur courage dans la bataille. Un cheval Marwari ne quitte un champ de bataille que pour trois raisons : la victoire, la mort ou la mise en sécurité de son maître gravement blessé. Chaitali, digne représentante de sa race, loyale envers son cavalier, se prépara au combat. Ce qui ne fut absolument pas mon cas : revenant de… bref, je n’étais pas armé, hormis six couteaux de lancer bien rangés au fond d’une de mes sacoches. Les choses se présentaient mal… toutefois, les loups regagnèrent la forêt l’un derrière l’autre. Les derniers à disparaître furent une louve et son louveteau, d’à peine trois mois, dont la taille approchait étonnamment celle de sa mère. Les choses s’arrangeaient. Enfin presque, parce qu’il en restait un de loup qui manifestement n’avait pas décidé de partir. Et quel loup ! un loup de la taille d’un tigre du Bengale, noir comme la nuit, avec des yeux de démon !
» Chaitali se cabra de nouveau, menaçante. Elle fouetta l’air de ses sabots. Ayant cette fois les rênes bien en main, je ne fus pas déséquilibré ; si j’avais eu un sabre, je me serais préparé au combat. Envisageant ma fin, j’espérais que lors de ma prochaine incarnation, je serais un loup comme celui-ci et non un lapin. Il me faut vous dire que mon maître Vâtsyâyana me répète toujours : “Tant expérimenter et propager ta discipline préférée, en privilégiant ton Kāma au détriment de ton Artha et de ton Dharma 11, est mauvais pour ton karma. Si tu continues ainsi, tu te réincarneras en lapin.”
» Mais revenons à notre rencontre ! Je me préparais donc à mourir… espérant être aussi brave que Chaitali, laquelle, prête au combat, défiait le monstre. Alors que la cavale et moi nous attendions à ce qu’il charge, il se coucha ! Un instant, j’entrevis l’occasion de vaincre ! Le suivant, l’animal prit contact avec moi ! Probablement avec ma jument également, car elle se calma tout en restant attentive. Il m’informa qu’il n’avait aucune intention belliqueuse… et qu’il réclamait mon aide !
— Il parle ? s’étonne le duc Mael.
— Non, Votre Seigneurie, il ne parle pas, il fait naître des images, des scènes et des concepts dans ma tête. Pour les réponses, bien qu’il lise mes pensées, je lui parle ; c’est moins perturbant pour moi. »
Le despote Niall m’interroge à son tour.
« Avez-vous des dispositions particulières pour cela ?
— Non, Votre Seigneurie, il prétend pouvoir lire les pensées de toutes les créatures vivantes et pouvoir communiquer avec toutes celles qui sont assez évoluées pour cela. Il peut exercer cette faculté dans un rayon de quinze toises autour de lui.
— Alors pourquoi vous a-t-il choisi ?
— Il affirme ne contacter que ceux qui peuvent l’accepter sans verser dans la folie.
— Et comment savait-il que vous y étiez apte ?
— Je l’ignore, et bien qu’il ne m’ait jamais entretenu de ce sujet, je suppose qu’il n’est pas étranger à ma venue dans votre monde. Son mode de communication l’autorise à faire fi des interrogations auxquelles il ne désire pas répondre.
— S’il intervient dans votre tête, ne croyez-vous pas qu’il vous manipule ?
— Non. Je me suis posé la question, mais cela me semble improbable.
— Qu’est-ce qui vous permet de le penser ?
— La logique si chère à mon maître. Dans votre monde, je ne suis personne, je n’ai aucun pouvoir, aucune influence. Si vous deviez manipuler quelqu’un, despote, choisiriez-vous un étranger inconnu et solitaire ?
— Pour un assassinat, oui ! raille Niall triomphant.
— Despote ! Ici, un assassinat est impossible, tous le savent, s’insurge le roi exaspéré, avant de s’adresser à moi : excusez-le, prince Chandra. Personne n’envisage que vous soyez un assassin.
— Je vous en remercie, Votre Majesté, il est excusé ; d’ailleurs, je comprends ce que ma présence et surtout celle de mon compagnon ont d’intrigant… Et, s’il vous plaît, ne m’appelez pas prince, personne ne m’a jamais donné ce titre.
— Chandra, m’accorde le roi. Vous nous parlez de votre compagnon, mais on m’a rapporté que pour vous adresser à lui, vous utilisez un nom. Bi…
— Bhediya, Votre Majesté. Mais ce n’est pas son nom. Son mode de communication exclut les noms. Lorsqu’il est concerné par ce qu’il me transmet, je vois son image. Je l’ai donc appelé bhediya, c’est-à-dire “loup” ou “le loup”.
— Dans ce cas, conservez Bhediya pour le désigner, cela le distinguera de ses congénères, précise le roi. Je vous en prie, reprenez votre récit.
— Bhediya me conduisit à travers les halliers. Nous pénétrâmes dans une grande clairière, au milieu de laquelle se trouvaient un lac et une chaumière. Nous approchâmes, une druidesse sortit de ce refuge. À la demande de mon guide, elle m’hébergea pendant près de cinq lunes. De plus, elle me nourrit, m’habilla, car j’avais quitté une sylve avoisinant Banārasa un matin proche du solstice d’été, pour apparaître dans une autre quelques jours après l’équinoxe d’automne. N’ayant passé qu’une nuit ch… à l’extérieur de Banārasa, je n’avais dans mes sacoches que le strict nécessaire. Par ailleurs, elle m’enseigna votre langue, votre géographie, votre culture. Je lui contais la mienne, lui expliquais les disciplines que j’étudiais. Elle m’apprit que nous étions dans une forêt à proximité de la ville de Raminia, qui se situe au nord-est de Shanya. Que certains l’appelaient sorcière, sous l’influence de la contrée voisine de Shannon, les mœurs avaient changé en trois générations !
» Elle fit de moi un maître de l’oral, non pas que je fusse ignorant en cette matière, mais de la pratique assidue à l’art, il y a un grand pas qu’elle me permit de franchir. Savoir faire durer le plaisir, accélérer le rythme, le ralentir, avoir des hésitations, se livrer à des digressions, pour toujours revenir à l’objet principal, maintenir en haleine jusqu’à la révélation finale, et surtout avoir la langue agile et garder les lèvres humides… Qu’y a-t-il de pire qu’une bouche sèche pour un conteur ? »
De nombreux verres et hanaps me sont tendus, c’est avec amusement que je choisis celui d’une magnifique femme brune, manifestement shannonnaise, assise à côté de l’homme en robe de bure. La contrainte exercée par l’injonction du roi – qui fronce légèrement les sourcils, désapprouvant cette provocation – est si puissante que le quidam ne réagit absolument pas, mais peut-être n’a-t-il pas un esprit très éveillé ?
Le sourire de la reine m’invite à continuer :
« Belle dame, savez-vous qu’en buvant dans votre verre, je connaîtrai vos pensées ? »
Baissant ses yeux noisette, elle devient pivoine et opine. Je bois une bière âpre, rafraîchissante, lui rends son verre, et la remercie en lui envoyant un baiser du bout des doigts, faisant cette fois grogner son voisin.
« Mon quotidien était partagé entre : mon entraînement au lancer de couteaux, et la monte de Chaitali, seul ou avec Mélusine à califourchon devant moi ; l’apprentissage de votre langue, du dire de Dana et de l’histoire des Tuatha Dé Danann. Sans oublier nos joutes, oratoires ou autres ; ainsi que la visite de Bhediya qui me transmettait la chronique de sa lignée et celle des Ases, Mélusine nommait les personnages dont Bhediya nous montrait les aventures. En contrepartie, je récitais à Mélusine des extraits du Mahābhārata, du Rāmāyana, et de l’œuvre de mon maître : le Kāmasūtra ; domaine dans lequel, en raison de sa nature, elle n’avait rien à apprendre.
» J’ai omis de vous le dire, mais la druidesse n’en était pas une. Mélusine est une Bansidh 12. Les Bansidh sont des Tuatha Dé Danann, aussi appelées Faé 13, parce qu’elles furent vaincues par des envahisseurs et contraintes de se réfugier dans le Sidh. Dana les a faites séductrices. Elles collectionnent les mortels valeureux, malheur à ceux qui oseraient rejeter leurs avances. Dana les a faites polymorphes, et leur a offert l’éternité si elles reprennent chaque jour pendant au moins six heures leur forme animale, mais elles peuvent choisir le mokṣa en restant humaines. Mélusine, qui veut vivre longtemps et marquer l’histoire, tous les minuits, redevient reptilienne et se réfugie dans le lac, dont elle ne ressort qu’à l’aube.
» Durant plus de quatre lunes, Bhediya avait vécu avec sa meute, ne me rendant que des visites quotidiennes d’une ou deux heures. Puis vint le jour où Bhediya et moi dûmes prendre la route pour arriver ici, en ce jour du solstice d’été. Il chemina avec moi, ne rejoignant les siens que lorsque nous approchions d’habitations. La horde se déplaçait avec beaucoup de discrétion, car je ne la vis jamais. Mélusine ayant fait de moi un conteur émérite, j’obtenais sans difficulté le vivre et le couvert, dans les fermes, les relais, les auberges et les hostelleries, en campagne comme en ville. »
Cette fois, c’est la princesse Ainu qui m’interrompt.
« Êtes-vous sûr de ne pas être manipulé, parce que vous sembliez parfaitement heureux avec cette Mélusine ? Pourquoi partir ?
— Les raisons sont multiples. D’abord, j’espère bien retourner chez moi un jour. Ensuite, je doute que rester auprès de Mélusine soit salutaire. J’y fus heureux et je suis ravi qu’elle m’ait laissé partir. Enfin, Bhediya m’a très généreusement récompensé… il est temps de vous en dire plus sur lui. Il est le descendant de Fenrir, fils de Loki et d’Angrboða.
» Fenrir était un loup géant, beaucoup plus grand que Bhediya. Par ruse, les Ases l’enchaînèrent, il réussit à se libérer pour le Ragnarök. Au cours de la bataille de Vigrid, il dévora Óðinn avant d’être tué par Víðarr, fils de ce dernier. Fenrir avait deux fils, Sköll “le moqueur” et Hati “le haineux”, lequel ne se reproduisit jamais. Sköll, lui, engendra un unique louveteau. Depuis, chaque descendant ne conçoit qu’un mâle ou une femelle. De sorte que, depuis la mort d’Hati, il n’existe qu’une lignée de Fenrir.
» Dana, dans son immense sagesse, a limité la fécondité de ceux de ses enfants dont la longévité est exceptionnelle. »
La reine étouffe un sanglot et essuie une larme. Le roi me fusille du regard. Je comprends instantanément l’inquiétude d’Eileen et mets un genou à terre devant la Lumineuse.
« Majesté, soyez sans crainte, vous aurez au moins un enfant, c’est une certitude. Bhediya affirme que vos descendances sont appelées à se rencontrer plusieurs fois dans le futur.
— En êtes-vous sûr ?
— Sans le moindre doute, majesté. Bhediya et Mélusine sont convaincus que ces abouchements auront lieu. »
Eileen se calme, embrasse Liam et m’adresse un sourire marri. Le roi, selon son habitude, m’invite d’un geste à poursuivre. Je me relève.
« La lignée de Sköll étant unique, le métissage avec les loups gris a pour conséquence la diminution de la stature, de la longévité et des capacités de ses représentants… peut-être disparaîtra-t-elle ? Mais, revenons au cadeau que me fit Bhediya pour me récompenser de l’accompagner », dis-je en déroulant le ruban autour de ma taille.
Je m’approche de Grüchka et le lui tends :
« Princesse, vous avez entendu qui prétend être mon compagnon de voyage. Voici le présent en question. Examinez-le et dites-nous ce que c’est. »
Elle prend le lien, l’inspecte minutieusement. L’incrédulité apparaît sur son visage. Elle le frotte contre sa joue, le hume, écoute le bruit qu’il fait lorsqu’elle le froisse, tente de le rompre, de le couper. L’incrédulité fait place à la stupéfaction.
« Alors, princesse, avez-vous identifié cet objet ?
— Oui… Oui, c’est… c’est Gleipnir, aucun doute, c’est Gleipnir !
— Voulez-vous expliquer à l’assemblée ce qu’est Gleipnir ?
— Oui ! » accorde-t-elle en se levant.
Son voisin, Ardril, l’imite aussitôt, passe les mains sous les aisselles de la naine.
« Vous permettez ? » lui demande-t-il.
Elle acquiesce. Ardril la soulève et l’installe debout sur la table. Elle exhibe le présent à la vue de tous :
« Ceci est Gleipnir. C’est un lien qui est, comme vous pouvez le voir, si fin, lisse et doux qu’un ruban de soie, pourtant il est plus résistant que n’importe quelle chaîne. Il fut façonné par les miens, dans le royaume souterrain de Svartálfaheimr, il y a si longtemps que la plupart d’entre nous doutent qu’il ait vraiment existé. Beaucoup croient qu’il n’est que le symbole de notre savoir-faire. Il est composé de six éléments : le bruit du saut d’un chat, la barbe d’une femme, les racines d’une montagne, les tendons d’un ours, le souffle d’un poisson et la salive d’un oiseau. Il fut forgé pour enchaîner Fenrir après qu’il eut brisé le lien nommé Lœðing, puis celui appelé Drómi. C’est un présent d’une valeur inestimable. »
Elle me tend Gleipnir, que j’enroule autour de ma taille, pendant qu’Ardril dépose Grüchka sur le sol et l’invite à s’asseoir.
Je reprends mon récit :
« Partis des environs de Raminia, nous parcourions une dizaine de lieues chaque jour, à l’exception des trois où nous fûmes immobilisés aux environs d’Erestia. Des intempéries avaient rendu les gués impraticables.
» Nous sommes arrivés à Alexandia en deux lunes. Le premier soir, à l’auberge du port, une jeune comtesse, séduite par les extraits du Rāmāyana que j’avais choisi de conter, prit langue avec moi. Durant la conversation, elle me proposa de m’enseigner votre alphabet et de m’aider à sélectionner, dans la bibliothèque de grande renommée, les œuvres essentielles à lire pour connaître votre monde. Elle me fit part de son désir d’enfant et de son intérêt à ce que j’en sois le géniteur, ceci ne m’engageant à rien d’autre.
» Voici, Bandrui, comment j’appris, dis-je en m’inclinant vers elle, qu’en Shanyl vous aviez conservé la coutume matriarcale, n’y intégrant qu’une notion de filiation paternelle optionnelle, ainsi que réussi à concilier la tradition druidique avec l’écrit en approuvant l’édition d’un “livre de Dana” !
» Mon séjour dura douze jours. Le matin, je montais Chaitali, allant en forêt pour rencontrer Bhediya. L’après-midi, j’étudiais à la bibliothèque avec la comtesse. Chaque soir, je me produisais comme conteur dans un établissement différent. La nuit, je partageais la couche de ma bienfaitrice… Ma renommée de narrateur s’étant répandue, la bibliothèque me fit l’honneur de m’inviter ès qualités à deux reprises. J’ose croire que l’influence de ma protectrice n’en fut pas la seule cause. La première fois, j’improvisais autour de deux poèmes de l’Edda, Völuspá et Gylfaginning 14. Lors de la seconde, ce fut d’extraits du Mahābhārata, dont je m’inspirais.
» Quand nous partîmes, la comtesse me remit un billet pour l’intendant de son domaine de Fiume, lui demandant de prendre soin de ma monture comme si c’était la sienne, et de me prêter toute l’assistance dont je pourrais avoir besoin.
» En forêt de Brucélionde, Bhediya fit ses adieux à sa meute qui y gîtait depuis notre arrivée à Alexandia. J’eus la surprise de voir que le louveteau – qui se révéla être une louvarde, alors âgée d’un an – avait un pelage aussi blanc que celui de son père était noir. Elle était déjà plus grande que sa mère. Bhediya pense qu’elle vivra moult fois plus longtemps qu’un humain.
» Pour me l’exposer, il fit naître en moi l’image de la louvetone à côté d’un bébé ; la louvetone devint la louvarde que j’avais sous les yeux, puis une louve ; pendant que le nourrisson se transformait en enfant de deux ou trois ans. Le garçon se changea en adulte puis en vieillard, tandis que la louve gagnait en puissance. Le patriarche fut remplacé par un nouveau-né qui à son tour mûrit, puis vieillit et mourut. Le cycle se répéta à de nombreuses reprises avant que la louve meure concomitamment au vieil homme. Voici comment il arrive à exprimer un concept aussi abstrait que le temps.
» Le voyage, qui dura plus de deux lunes, se déroula comme le précédent ; excepté pour Bhediya qui ne s’approchait toujours pas des habitations, mais restait seul la nuit. Avant d’entrer dans Fiume, nous cherchâmes un lieu d’où nous pourrions le faire embarquer. Nous avons découvert notre bonheur à cinq lieues au nord de la ville, au bord de la mer ; une anse en lisière de forêt. Je me rendis à Fiume, j’y trouvai sans difficulté la résidence de la comtesse, je présentai le billet à l’intendant qui m’attendait. Il avait reçu deux messages par pigeon, le premier lui annonçait ma venue, le second m’était destiné. Il me remit donc un tube cacheté que je m’empressai d’ouvrir.
— La comtesse Nnn… attend-elle un enfant ? s’enquiert Maebd.
— Quelle perspicacité, Bandrui !
— Je n’ai guère de mérite. Dans notre noblesse, peu nombreuses sont celles qui se réclament de la tradition matriarcale. Une seule est assez puissante pour la vivre aussi pleinement, depuis l’arrivée de nos alliés en Shannon ! raille-t-elle.
— Merci pour votre discrétion.
— Anaṅga, je vous taquinais, imitant vos hésitations pour que vous sachiez que je suis moi-même une experte de l’oral. Quant à la discrétion, Shankar… Une comtesse, qui séjourne à Alexandia, fréquente l’auberge du port et possède un domaine à Fiume…
— Sajjan, au moins la moitié des personnes assises autour de cette table ont compris qui porte ton enfant, car elle a bien ce bonheur, n’est-ce pas ? l’interrompt la reine.
— Oui, majesté. Oui, Maebd. »
Je la regarde. Elle sourit, acceptant d’un battement de cils cette familiarité.
« J’ai pu lire, sur le papier pelure, qu’elle attendait “un heureux évènement” selon ses mots, précisant que “mes visites seraient les bienvenues” ; elle y ajoutait des souhaits de réussite pour mon périple et mon retour dans mon monde.
» L’intendant me reçut avec courtoisie. Il s’enquit de mes besoins, je lui expliquai la destination de notre expédition, lui spécifiai qui était mon compagnon de voyage, et que nous devions impérativement être ici aujourd’hui. D’une grande efficacité, l’après-midi même, il m’annonça avoir trouvé un navire dont l’équipage accepterait le loup à bord. Il m’indiqua qu’en cette saison, il faudrait cinq jours de mer pour arriver en Alastyn, et me conseilla de passer trois jours à Fiume, afin de débarquer en Alastyn le jour du solstice. Puis, il ajouta que la résidence, étant en périphérie de la ville, pouvait accueillir mon partenaire. Selon les ordres de la comtesse Niamh… »
Cette fois, la reine se joint à Maebd dans son approbation. Je reprends :
« … l’intendant avait payé le capitaine pour les jours d’attente à Fiume, la traversée, l’escale en Alastyn et le retour. Il y a six jours, je montai sur le pont, fis mettre le cap sur l’anse à cinq lieues au nord, où une barque et deux rameurs me permirent d’embarquer Bhediya.
» L’équipage n’étant pas à l’aise en présence de mon compagnon, il ne quitta pas la cabine pendant tout le voyage. Je n’en sortis que pour prendre l’air. Nous sommes arrivés hier, le bateau est mouillé à un ponton situé dans une petite crique à l’est du pied de la rampe. Nous sommes restés à bord jusqu’à ce matin.
— La crique des contrebandiers, précise le roi. Chandra ! Veuillez partager la fin de notre repas !
— Maebd, Scáthach, vous lui ferez bien une place entre vous ? Aífe, inutile de protester, si je ne me trompe, vous y avez déjà goûté ! intervient la reine, provoquant des éclats de rire. Méfiez-vous, Sajjan, j’en ai entendu murmurer à ce coin de la table.
— Qu’avez-vous ouï, majesté ?
— Certaines prétendent en remontrer à Mélusine. »
Scáthach se lève.
« Même à Felurian ! »
Nouvelles rafales de rires.
Alors que je prends place là où l’on m’a invité, le roi reprend :
« Pourquoi êtes-vous ici ?
— J’accompagne Bhediya !
— Que désire-t-il ?
— Une audience !
— Avec qui ?
— Je ne sais pas !
— À quel sujet ?
— Je ne sais pas !
— Pourquoi aujourd’hui ?
— Je ne sais pas !
— Sergent Seaghdh !
— Oui sire ?
— Amenez Bhediya !
— Oui sire ! »
***
ou
ou
***
Notes :
1) Le mot est utilisé ici au sens usuel (point le plus élevé de sa trajectoire) et non au sens astronomique.
2) Dénomination inspirée par les deux collines – nommées Dé Chich Anann ➢ Les seins d’Anu (autre nom de Dana) – situées à vingt kilomètres de Killarney, en Irlande.
3) plat principal, qui se compose de diverses viandes rôties accompagnées de sauces, autour duquel le banquet est organisé.
4) mokṣa ➢ délivrance ultime par laquelle se rompt tout lien avec le cycle des renaissances.
5) Une paragnathide (ou oreillon) est une pièce d’armure destinée à protéger les joues.
6) équivalant oral d’un livre.
7) Bandrui ➢ femme (ban) forte (dru), “sages”, nom donné aux druidesses.
8) Cladio ➢ épée celtique à double tranchant (pour frapper de taille), d’une longueur de lame d’environ 60 cm (un pied et quatre pouces). Se terminant par une pointe (pour frapper d’estoc), adoptée par les Romains sous le nom de gladius (glaive).
9) « † » L’obèle, marque utilisée pour noter un passage douteux ou interpolé dans les anciens manuscrits, est utilisé ici pour marquer la retranscription douteuse des mots, réellement prononcés par le roi. Il s’agit en réalité de la transcription de l’injonction, telle que comprise, par tous les autres (à l’exception, peut-être de la reine).
10) Rehwal ➢ allure supplémentaire des chevaux de race Marwari, sorte d'amble rompu.
(Amble rompu : allure plus généralement appelée traquenard, et qui consiste, pour le cheval, à trotter du devant et à galoper de l'arrière-train)
11) Traductions très sommaires :
Kāma ➢ plaisir.
Artha ➢ profit (financier, familial et social).
Dharma ➢ devoir (vertu).
12) Bansidh ➢ littéralement « femme (ban) du Sidh », c’est-à-dire de l’autre monde.
13) Faé ➢ signifie « vaincue » en gaélique.
14) Edda ➢ Ensemble des récits mythiques nordiques transmis oralement, dont les titres – en vieux norrois (islandais) – de deux des plus célèbres sont :
Völuspá ➢ La prédiction de la voyante.
Gylfaginning ➢ La mystification de Gylf.
Pour les lecteurs curieux, la synthèse de l’itinéraire et durée du voyage de Chandra entre Raminia et Alastyn se trouve en annexe.
1) Le mot est utilisé ici au sens usuel (point le plus élevé de sa trajectoire) et non au sens astronomique.
2) Dénomination inspirée par les deux collines – nommées Dé Chich Anann ➢ Les seins d’Anu (autre nom de Dana) – situées à vingt kilomètres de Killarney, en Irlande.
3) plat principal, qui se compose de diverses viandes rôties accompagnées de sauces, autour duquel le banquet est organisé.
4) mokṣa ➢ délivrance ultime par laquelle se rompt tout lien avec le cycle des renaissances.
5) Une paragnathide (ou oreillon) est une pièce d’armure destinée à protéger les joues.
6) équivalant oral d’un livre.
7) Bandrui ➢ femme (ban) forte (dru), “sages”, nom donné aux druidesses.
8) Cladio ➢ épée celtique à double tranchant (pour frapper de taille), d’une longueur de lame d’environ 60 cm (un pied et quatre pouces). Se terminant par une pointe (pour frapper d’estoc), adoptée par les Romains sous le nom de gladius (glaive).
9) « † » L’obèle, marque utilisée pour noter un passage douteux ou interpolé dans les anciens manuscrits, est utilisé ici pour marquer la retranscription douteuse des mots, réellement prononcés par le roi. Il s’agit en réalité de la transcription de l’injonction, telle que comprise, par tous les autres (à l’exception, peut-être de la reine).
10) Rehwal ➢ allure supplémentaire des chevaux de race Marwari, sorte d'amble rompu.
(Amble rompu : allure plus généralement appelée traquenard, et qui consiste, pour le cheval, à trotter du devant et à galoper de l'arrière-train)
11) Traductions très sommaires :
Kāma ➢ plaisir.
Artha ➢ profit (financier, familial et social).
Dharma ➢ devoir (vertu).
12) Bansidh ➢ littéralement « femme (ban) du Sidh », c’est-à-dire de l’autre monde.
13) Faé ➢ signifie « vaincue » en gaélique.
14) Edda ➢ Ensemble des récits mythiques nordiques transmis oralement, dont les titres – en vieux norrois (islandais) – de deux des plus célèbres sont :
Völuspá ➢ La prédiction de la voyante.
Gylfaginning ➢ La mystification de Gylf.
Pour les lecteurs curieux, la synthèse de l’itinéraire et durée du voyage de Chandra entre Raminia et Alastyn se trouve en annexe.
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ou
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sont là pour t’aider à reprendre une lecture interrompue. 

